Un membre de la communauté TI-99 m'a récemment proposé d'acquérir un prototype du Compact Computer 40 Plus. L'appareil ne fonctionne pas, endommagé par une malheureuse tentative d'extension mémoire réalisée par un ancien propriétaire. Obtenir un micro-ordinateur aussi rare est une proposition qui ne se refuse pas. C'est avec grand plaisir que j'ai accepté de l'adopter. Et puis, j'aime les challenges. Réparer ce CC-40 Plus sera un plaisir.

Allez, je vous ne fais pas attendre plus longtemps, l'histoire finit bien. La preuve en image :)

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Après de longs jours d'inquiétude occasionnée par des services postaux apathiques et une douane chatouilleuse, je l'ai enfin reçu, blotti au milieu des nombreuses protections de transport, le prototype du Compact Computer 40+ de Texas Instruments dont je révais. Il m'aura fallu attendre près de vingt années pour l'acquérir, c'est donc avec beaucoup d'émotion que je l'ai pris en main.

Pour la petite histoire, le CC-40+ est le successeur du CC-40, un superbe Pocket au puissant Basic, très proche de celui du TI-99/4A, dont les ventes ont eu peine à décoller faute d'unité de stockage disponible. En effet, le lecteur de bandes à défilement sans fin spécialement conçu pour l'accompagner et qui se connecte sur l'unique port E/S (Hexbus) n'a jamais pu être finalisé et c'est dans l'urgence que Texas Instruments créera ce "+", un modèle équipé d'un port K7. Mais Le "+" héritera aussi de la guigne du CC-40 et ne dépassera pas le stade de prototype...Car en haut lieu on décida de stopper l'aventure du CC-40 pour se concentrer sur un autre projet, dérivé, le TI-74 Basicalc.

Opérations:

Il est impensable de mettre l'appareil sous tension sans avoir fait un diagnostique au préalable. C'est alors que débute l'opération de désassemblage. Le capot arrière retiré, je suis surpris par l'aspect bombé de la carte mère. L'impression que quelque chose cloche est rapidement confirmée au moment de dévisser la carte mère, je sens une pression se libérer. La carte mère retirée, c'est au tour du second PCB (recevant la matrice du clavier, la logique d'affichage et le LCD) d'être ôté du chassis. Contrairement au CC-40, les deux PCB ne sont pas reliés par des nappes flexibles mais sont emboités dans deux connecteurs, ce qui est plutôt une bonne chose car les nappes finissent par devenir cassantes avec le temps. Une fois les deux PCB en main, je décide de les ré-emboiter hors de la coque et je comprends le problème: l'auteur de l'upgrade (je l'appellerai Mr X) à installé deux supports de CI afin d'y installer les deux composants RAM 8Ko x 8. Une idée plutôt bonne puisqu'elle facilite la maintenance, sauf que dans le cas présent, les supports de CI surélèvent les composants mémoire au point que ces derniers vient toucher les composants contrôleurs du LCD situé sur le PCB supérieur. Deux conséquences: En vissant les deux PCB ensembles, la carte mère se cintre, les SRAM de la carte mère qui se retrouvent en contact font levier et déconnectent les liaisons entre les PCB.
Premier dégât, un forçant le remontage des PCB, Mr X a cassé l'une des soudures des broches des connecteur. Je répare aussitôt.

Vient le moment de l'inspections des deux PCB et une première constatation s'impose, Mr X ne sait pas souder: trop de soudure sur certaines broches, pas assez sur d'autres et même pas du tout sur deux broches. Je remarque aussi des zones de griffures et de surchauffe sur le PCB.
Je retire les deux boitiers SRAM montés sur les supports pour m'apercevoir qu'une des broches des SRAMs ajoutées est pliée à 90°...
Pour y voir plus clair, je décide de retirer cet upgrade raté pour remettre l'appareil dans ses conditions d'origines.
Je ne me vois faire l'opération à la pompe à dessouder, il est inutile (impensable) d'ajouter du stress aux PCB, ils ont déjà bien assez souffert.
Je dessoude très délicatement les deux supports de CI avec de la tresse à dessouder en contrôlant régulièrement la température de chauffe. Une opération qui dans des conditions normales prend très peu de temps mais qui, ici, a été assez délicate. Une fois les supports retirés, j'ai pu constater le massacre. Comment peut-on avoir l'idée de se faire la main sur une pièce d'histoire? Pour Mr X, c'est n'était finalement pas un problème.
Second bilan: De nombreuses pistes et trous traversants métallisés arrachés. Pour couronner le tout, en manipulant la carte mère, Mr X a cassé le mini PCB en piggy-back et cassé une des diodes soudée sur ce dernier. Une note concernant ce mini PCB: On peut lire sur le net qu'il s'agit de l'interface K7. Il n'en est rien. Ce PCB  permet de créer et réguler les différentes tensions nécessaires à l'appareil.

Résultat en image (les flêches rouges indiquent un défaut):

Des soudures assez vilaines, avec trop d'étain, pas assez..

...voir pas du tout: Deux broches non soudées. Le flux de soudure a cuit sous l'effet d'un fer trop chaud.

Plusieurs pistes arrachées et trous transversants coupés/détruits...

Le mini PCB en charge des tensions d'alimentations est cassé... Ceci est par contre dû à un problème de conception: Chaque entretoise du chassis reçoit un petit tube de plastique pour que la carte mère reste bien à distance de la carte clavier/LCD.  La mini carte, trop proche de l'une d'entre elles vient entrer en contact avec le tube et casse au montage de l'appareil. Un problème que j'ai constaté sur d'autres prototype de CC-40 Plus.

... et des pistes en ont fait les frais.

Une diode endommagée.

Pour la remise en état de cette carte mère, il me sera impossible de souder directement de nouveaux boitiers SRAM car je prend le risque de devoir les déssouder si d'autres opérations de maintenance sont nécessaires. Et la carte, fragilisée, risque de ne pas le supporter. Aussi, n'ayant pas le choix, d'autres supports de CI seront soudés. Cependant, je prévois un système évitant aux broches de se déconnecter lors de l'installation des deux PCB. De plus, le cintrage de la carte mère est atténué par le choix de supports et de boitiers SRAM les moins hauts possibles.

Je me suis lancé dans la réparation de toutes les parties détériorées. J'ai ensuite vérifié, vérifié et re vérifié le PCB, recherché d'éventuels courts-circuits (Une inspection minutieuse lors du nettoyage dévoilera un fil minuscule entre deux broches de l'ASIC), contrôlé les composants tels que SRAM, diodes, condensateurs et résistances.

Fil en court-circuit sur l'ASIC...

Le résultat:

La première mise sous tension me donnera ceci:


Après la découverte et la réparation d'une autre fissure sur le PCB, la seconde mise sous tension affichera un message plus familier:

 

Finalement, le choses finissent bien pour ce prototype CC-40 Plus, et font un heureux :)

 

Le prototype en vidéos:


Un petit test d'écriture puis de lecture d'un programme sur cassette. Le programme se compose d'une simple ligne de REM.
La commande NEW efface le contenu de la mémoire utilisateur, la commande SAVE "1.TEST" enregistre le programme sur la bande magnétique et la commande OLD "1.TEST" charge le programme en mémoire.

La commande FRE(0) renvoie la taille mémoire utilisateur disponible, ici 18030, ce qui correspond bien aux 2 ko de mémoire RAM de base associés aux 16Ko (2 x 8Ko) de mémoire RAM étendue.

Mise à jour le 27/02/2019:

En redémontant le prototype étudier l'utilité des deux LED installées à l'origine sur la carte mère, je me suis attardé sur le problème des supports de CI qui surélèvent les SRAM et les font toucher le second PCB. Même si j'avais pas mal atténué le problème de cintrage de la carte mère, je n'étais pas satisfait. Alors, j'ai décidé de déssouder les supports de CI et de souder directement les SRAM de 8Ko. La carte mère avait déjà pas mal souffert suite au bricolage sauvage d'un des anciens propriétaire et j'avais réparé toutes les pistes et trous transversants détruits puis soudé de nouveaux supports de CI. J'ai tout redéssoudé, délicatement. Les SRAM sont maintenant directement sur la carte mère. Elle et le PCB clavier/LCD sont maintenant bien parallèles, comme il se doit.

 

Les inscriptions «C.D» faites à l'intérieur de l'appareil sont les initiales du chef de projet du CC-40 Plus: C.D. Wilson.



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