Le développement du Datamaster 5322 débute en 1978, mais s’avère long et sinueux, freiné par les revirements stratégiques de la direction d'IBM. Pourtant, un objectif commun réunie l’équipe : imposer cet ordinateur sur le marché en pleine effervescence des petites entreprises – un secteur en plein expansion, déjà disputé par des acteurs tels qu’Apple, Tandy, Commodore mais également par toute une vague d'autres constructeurs répondant au standard CP/M.
L’entreprise opère alors un virage sans précédent : pour la première fois, un micro-ordinateur IBM intégrera des composants clés issus de fournisseurs extérieurs. Ce choix marque une véritable révolution pour la firme, rompant avec sa tradition d’autosuffisance technologique. Ce changement de cap n’est pas anodin : il s’inscrit dans le sillage des critiques violentes dont IBM fait l’objet depuis la fin des années 1960, accusée d’abuser de sa position dominante et dans la volonté de développer rapidement l'ordinateur car concevoir ses propres composants est un processus très lent chez IBM. En adoptant une méthode de conception inspirée de ses concurrents, IBM amorce ainsi une ouverture stratégique, à la fois contrainte et calculée.

Ce 5322 vient remplacer l'IBM 5120 dont il reprend le design extérieur ainsi que sa philosophie: un ordinateur facile d'utilisation, à un prix accessible (9500 USD tout de même) et prêt à l'emploi sous peu que l'on dépense quelques milliers de dollars supplélentaires: 2200 USD pour le traitement de texte et pas moins pour le traitement de données. Une consolation: Le langage de programmation BASIC est intégré à l'ordinateur sous forme de ROM. IBM accompagne le Datamaster d'une documentation claire et abondante pour aider l’utilisateur dans la maîtrise des outils mis à disposition. IBM propose même un service d'aide par téléphone, nommé "Alo 23" où des spécialistes répondent aux questions liées au logiciel comme le matériel.

Sa commercialisation débute enfin en 1981, une année particulière pour ce Datamaster car personne chez IBM ne se doute qu'elle va sceller l'avenir de l'ordinateur. Car dans le but obsessionnel de freiner la concurrence, la marque sort la même année un autre appareil dans sa gamme semi-professionnelle, l'IBM 5150. Toutefois les dirigeants accordent une confiance limitée et peu d'avenir à celui que tout le monde informatique nomme déjà  "PC". "Tout au plus en vendrons nous 250.000 unités durant toute sa durée de vie commerciale" prédisent-ils.  Et pourtant... Nous connaissons la suite: le PC devient rapidement un standard industriel, un rouleau compresseur qui va balailler (presque) tout sur son passage en s'imposant dans les entreprises, les administrations, et enfin dans les foyers quelques années plus tard. Comme bien d'autres micro-ordinateurs, le Datamaster n'y survit pas. Il tire sa révérence en 1985.

Description générale

Le Datamaster est un microordinateur massif de près de 60Kg, au format monobloc de 45 x 57 x74 cm, comprenant à la fois l'unité centrale, l'écran, les supports de stockage ainsi que l'alimentation électrique. L'utilisateur profite ainsi d'un système prêt à l'usage dès sa sortie du carton. Encore faut-il pouvoir l'en sortir... Il faudra bien s'aider d'une personne pour soulever ce 5322. L'ensemble est très robuste comme il est d'usage pour les produits IBM.
Côté clavier, la sensation ressentie à l'appui des touches est très agréable. Et pour cause: Une mécanique de type "Buckling spring",  des contacts de type capacitif, deux caractéristiques qui seront par la suite reprises sur le clavier l'IBM 5150, considéré comme l'un  des meilleurs claviers jamais réalisés.
L'écran affiche 24 lignes de texte sur 80 colonnes dans diagonale de visualisation de 9". La qualité est une fois de plus au rendez-vous, l'image est stable et nette et la luminosité est modulable grâce à un potentiomètre. On pourra cependant reprocher une très forte rémanence du tube monochrome à phosphore vert.
Impossible de ne pas les remarquer: les supports de stockage. L'ordinateur embarque jusqu'à deux énormes lecteurs de disquettes 8" offrant chacun une capacité de stockage allant jusqu'à 1.2Mo. Tout de même.
Énorme toujours: le bloc d'alimentation.  Il fournit les tensions +12v,-12V,+5V,-5V nécessaires à la partie logique et une tension de +24v pour alimenter les moteurs des lecteurs de disquettes. Le Datamaster est équipé de deux interrupteurs à bascule. Un en façade et un second à l'arrière près de la prise d'alimentation électrique, une sécurité.

La carte mère est architecturée autour du microprocesseur Intel 8085 qui est un dérivé plus rapide du 8080A avec lequel il est 100% compatible logiciel. Et tout comme ce dernier, le bus de données est de 8 bits. Bien que cadencé à 6.144 MHz la fréquence de travail est divisée en interne pour tomber à 3.03MHz). Avec une largeur de bus de données de 16bits, il peut adresser jusqu’à 64Ko de mémoire. Cependant le 8085 doit passer par des opérations de LATCH pendant ses cycles pour accéder aux adresses AD0-AD7 puis AD8-AD15). Au rang des atouts: le 8085 intègre son propre générateur d'horloge ansi que le diviseur de fréquence, des instructions supplémentaires notament dans la gestion des interruptions mais également un port E/S série simplifié. Et chose non négligeable, sa consommation électrique est réduite. En effet, une unique source +5V suffit à son fonctionnement alors que le 8080 en requiers plusieurs (+12V, +5V et -5V).
On retrouve ce 8085 dans d'autres micro-ordinateurs tels que le Micral Portal (1980), le Matra Alcyane A6 ou le Tandy TRS-80 Model 100 (1983) mais son utilisation la plus remarquable et sur la carte de contrôle du rover Mars PathFinder dans sa version basse consommation.

La mémoire vive est de 32Ko dans la configuration minimale du 5322, elle peut être étendue  jusqu'à 128Ko. Cette profusion de mémoire n'est pas directement accessible par le 8085, pour arriver à ses fins, le système utilise une classique technique de pagination. 
La mémoire morte, nommée ROS se compose d'un ensemble des PROM contenant l'interpréteur BASIC, les routines de test et de contrôle des composants du système.

Pour communiquer avec le monde extérieur, le 5322 a quelque cartes en main: En configuration standard, il dispose d'un unique port  réservé à l'imprimante IBM 5241 (vitesse d'impression: 80 caractères par seconde ) ou IBM 5242 (vitesse doublée). Mais en interne six connecteurs d'extensions viennent compléter . Deux plus courts que les autres sont réservés à l'installation de cartes mémoire RAM pour un total de 32Ko à 128Ko.Les quatre autres connecteurs permettent l'installation de:
- Carte contrôleur de disquettes
- Carte contrôleur de disque dur type 5247, un disque dur réseau qui est en fait un ordinateur à lui tout seul équipé d'un disque.
- Carte de traitement de texte.
- Carte de mise jour du système, contenant un outil de diagnostic et de programmation des PROMS intégrées à la carte mère. Réservée au support IBM.
IBM commercialisera peu de cartes d'extensions. Notons l'absence de carte réseau permentant à un ou plusieurs posts de communiquer ensemble.

Notons également l’existence de l'unité de disquettes IBM 5246 incluant deux lecteurs de disquettes 8" d'une capacité de 1Mo par disquette. Jusqu'à deux 5322 peuvent être connectés au 5246, à condition que ce dernier soit équipé d'un second port (optionnel)

Le 5322 ne disposant pas de système d'exploitation, l'interpréteur BASIC se lance directement à la mise sous tension, il affiche  le message "READY INPUTpour indiquer qu'il est  prêt pour la saisie.

 



Au final, ce Datamaster 5322 en impose, dans tous les sens du terme. Et puis, j'ai toujours eu une attirance pour les micro-ordinateurs monoblocs, Mon cher Macintosh 128 avec ses déclinaisons et mon Lisa en sont tous témoins :-)


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