Quand lors du SICOB 1974, le Centre National des Etudes de Télécommunication présente son prototype de terminal de communication, nul n'entend encore prononcer les mots «Minitel», «Kiosque» ni même «télématique». Ce dernier terme, inventé pour désigner l'ensemble des applications informatiques liées aux télécommunications apparaîtra la première fois dans un rapport de 1976 sur l'informatisation de la société, rédigé par Simon Nora alors inspecteur général des finances et également connu pour avoir oeuvré à la croissance de la france après le seconde guerre mondiale. Le nom de Minitel viendra encore plus tard. L'appareil présenté se nomme «TIC-TAC» (pour Terminal Intégré Comportant Téléviseur et Appel au Clavier), ses fonctions sont certes rudimentaires mais laissent présager un fort potentiel. Ce potentiel, Gérard Théry, alors à la tête de la Direction Générale des Télécommunications, l'a clairement ressenti. Appuyé par l'état, il prend le contrôle du projet et va se battre pour convaincre les industriels de se lancer dans une nouvelle ère de communication et d'offrir ainsi à la France une révolution technologique sans pareil au monde: «La fin de la civilisation du papier» . Dire que le réseau téléphonique français est peu développé est un euphémisme, il est totalement à la traîne par rapport à celui des pays européens, ce qui est incompatible avec la révolution désirée. Aussi la DGT va oeuvrer comme jamais: en 1978, elle va jusqu'à raccorder 10.000 abonnés au réseau téléphonique par jour.
En 1980, une première expérience est lancée à Velizy où quelques 2500 foyers sont équipés d'une télécommande et d'un curieux boîtier à connecter sur le téléviseur appelé «Teletel» pour l'occasion , et ce, pour une expérience sans précédent: obtenir des renseignements de sociétés de service, d'organismes de presse et de service public, de tester la première version de l'annuaire électronique mais également de dialoguer entre particuliers par le biais de messageries électroniques. La découverte du «Vidéotex», cette technique qui permet de transmettre du texte et des images sur le réseau téléphonique traditionnel, émerveille au point d'oublier la lenteur de communication.
En 1982, naît «Minitel», le premier terminal à écran incorporé, pratique, simple d'emploi et ouvert à une distribution à grande échelle. Minitel cherche à se rendre indispensable avec son annuaire électronique (3611), ses services de commandes à distance, de billetterie, d'information et même ses sites de rencontre. Pendant une période, les fournisseurs de services et les Postes et Télécommunication s'interrogent sur la méthode de facturation. Même si Minitel est proposé gratuitement aux abonnés d'une ligne téléphonique, les accès aux services sont quant à eux le plus souvent payants (coût de l'appel à distance, contrat d'abonnement). En 1984, le «Kiosque» clarifie les choses, avec ses grilles de tarifs pré établis à la minute (comme 3614 et 3615). Certains accès sont chers mais cela ne freine en rien les utilisateurs du Minitel, toujours plus nombreux: en juin 1985, les requettes en provenance du Minitel sont si importantes qu'elles feront sauter les serveurs Transpac qui en ont la charge!
Quand la société Exelvision dévoile «Exeltel» en 1986, près d'un million cinq cent mille Minitel gratuits équipent déjà les foyers et entreprises, preuve que la Télématique est devenue un véritable outils de communication sur lequel il faut dorénavant composer. Le nouveau challenger va devoir se battre pour s'imposer. L'ordinateur est bien plus qu'un Minitel, c'est un micro-ordinateur avec des possibilités éducatives, de traitement, de productivité et de sauvegarde... des fonctions bien étrangères au simple terminal qu'est le Minitel, et c'est sur cela que va se battre la société au papillon.

EXELTEL surmonté d'un double lecteur de disquettes EXL135
Le prix de production est au facteur important et la CGCT est incapable de répondre aux attentes de Jacques Palpacuer qui cherche à le réduire au maximum. Finalement la production d'Exeltel sera délocalisée en Corée et assurée par la société Daewoo pour un prix deux fois inférieur à ceux demandés par les usines nationales, pour une qualité de production supérieure. Daewoo, n'est pas une inconnue pour Exelvision, elle lui a fourni auparavant des moniteurs monochromes pour son EXL 100. Daewoo est également retenue par Exelvision car elle accepte de produire par petites séries; la part de marché d'Exelvision en Europe étant étant hélas peu importante, une production de masse n'est pas envisageable. Dans les moments les plus fort, un Exeltel sort des usines Coréennes toutes les 1,30 minutes!
D'aspect extérieur, l'ordinateur reste très proche de son prédécesseur. Au rang des différences: le tiroir réservé au rangement des télécommandes de jeux a disparu, le logement qui lui était destiné reçoit dorénavant l'imposante électronique d'un modem à la norme V23.
L'ordinateur dispose enfin d'un vrai clavier mécanique étendu. Le dispositif infrarouge semble avoir été proposé avec moins de conviction chez Exelvision puisqu'une prise de type RJ-10, située sur la face gauche de l'unité centrale, permet de connecter grâce à un câble. L'arrière de l'ordinateur est très familier puisqu'il est identique à celui de l'EXL 100. La taille de la mémoire vidéo est de 64Ko, ce qui est deux fois plus que sur EXL100.
Le «package» logiciel d'Exeltel est plutôt complet:
ExelBasic + (cartouche): Le Basic, agrémenté de nouvelles fonction, gère la totalité de la RAM d'Exeltel.
Exelcom (34Ko en ROM): L'utilitaire permet de recevoir ou d'émettre des fichiers à travers le réseau téléphonique.
Exelquad (26Ko en ROM): Un langage spécialement adapté au monde éducatif qui simplifie la mise en oeuvre de questionnaires et d'exercices scolaires. Exelquad permet également d'exécuter des programmes téléchargeable sur le serveur d'Exelvision.
Exelwindow (4Ko en ROM): Les routines de gestion et d'affichage sous forme de fenêtres et de menus à l'écran.
Exelspeech (16Ko en ROM): Exploitation de la synthèse vocale. La «ROM Speech», contenue dans le composant TMS 6205 offre pas moins de 184 mots exploitables par le Synthétiseur de parole TMS 5220 et le logiciel Exelvox (vendu séparément).
ExelCROS (ROM): Le logiciel de gestion de l'Exelmémoire livrée avec le micro-ordinateur.
Plus encore, Exeltel se transforme rapidement en répondeur/enregistreur de messages!
Le manuel livré avec l'appareil est soigné et plutôt complet. (re)découvrez-le!
EXELTEL est présenté comme une version plus «professionnelle» de l'EXL 100, les applications ludiques sont moins mises en avant contrairement au lecteur de disquette Exeldisk, aux applications de traitement de texte, de gestion de fichiers ou de tableur... sans oublier les outils éducatifs. Exelvision ne peut être plus claire en criant à aux éventuels lecteurs d'Exelement Vôtre réfractaires à la télématique: «Ne pensez plus comme un primate!». Durant sa carrière, Exeltel subit deux évolutions: Exeltel VS, dont la particularité est de proposer le mode 80 colonnes sous BASIC (CALL VIDEO "H") une norme ANSI internationale pleinement supportée, un port Modem programmable et Exeltel VX, une version ouverte au marché étranger avec sa gestion de nombreux standards télématiques tels que PRESTEL, CEPT1 (BTX, IBERTEXT), CEPT2 (TELETEL). Les utilisateurs, désireux de profiter de toutes ces fonctions supplémentaires, pouvaient faire une mise à niveau de leur Exeltel. L'opération était faite dans les ateliers d'Exelvision à Valbonne moyennant la somme de 890 F.
Les utilisateurs de la première heure veulent y croire mais cette orientation télématique forcée déçoit: malgré l'ajout de périphériques et les quelques modifications internes possibles, leur micro-ordinateur ne se transformera jamais complètement en Exeltel... Ne pouvant profiter pleinement de cette nouvelle orientation, ils se sentent délaissés. Ces services, quels sont-il? Depuis 1986, et à partir du service télématique Funitel, Exelvision a ouvert son centre serveur qui a la charge d'héberger de tres nombreux logiciels disponibles pour le prix de la communication. Exelvision propose également à ses visiteurs des informations commerciales et techniques sur les micro ordinateurs, logiciels et périphériques de la gamme mais aussi une messagerie électronique, des petites annonces gratuites et même des concours. Bien sûr, les possesseurs d'un EXL 100 peuvent également profiter de certains services comme celui du téléchargement, à condition de s'équiper d'un Exelmodem et d'une Exelmémoire. Funitel est placé sur le réseau Télétel 3 (accessible par le 3615) au prix de 0,77 F toutes les 45 secondes, soit plus de 60 F de l'heure... L'augmentation des tarifs de communications, opérée au 1er octobre 1986, n'arrange pas les choses. Cependant, Exelvision est fière d'annoncer 5.000 abonnés et la 200.000ème connexion au service en février 1987.
Mais l'ambiance au sein d'Exelvision est morose, les programmes les plus téléchargés sont ludiques et ne représentent qu'une vingtaine de titres sur l'ensemble du catalogue... les titres plus sérieux, éducatifs qui représentent l'essenciel de l'offre sont boudés. Et la brouille entre Exelvision et son principal fournisseur en logiciels, Les Editions Glajean, tombe au plus mal: une quantité non négligeable de titres prévus pour étoffer le catalogue ne verront jamais le jour.
En dehors du marché du plan IPT, Exelvision réussit quelques «coup» commerciaux marquants en équipant des pharmacies (Exeltel TTO) et quelques centres de garages automobiles. Cette orientation professionnelle conduira les ingénieurs à réfléchir à une évolution d'Exeltel qui profiterait ainsi de la toute dernière technologie en matière de communication: RNIS. Mais le projet n'aboutira pas. Et si la survie d'Exeltel se jouait ailleurs? Exelvision se lance dans la conception d'un tout nouveau terminal télématique, de taille compacte, répondant au concept «Tout en Un» avec une unité centrale, un moniteur et un clavier mécanique réunis en un seul bloc. L'appareil vera le jour, hors de nos frontières, il porte le nom d'Exeltel II.
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Fiche Technique d'Exeltel PROCESSEUR: TMS7040 et TMS7042, cadencés à 4.91 Mhz |
