Axel AX 20 / Matra MAX-20e

C'est, une fois de plus, l'histoire de trois hommes.
Après avoir travaillé chez Hewlett-Packard, Georges Cottin fonde avec Jacky Bourbon et Alain Isambert la société MBC. De cette collaboration naitra en 1976 l'ordinateur Alcyane. En février 1981, Matra achette MBC ce qui provoque quelques mois plus tard le départ de Georges Cottin. Ce dernier demande alors à Jacky Bourbon de le rejoindre sur un tout nouveau projet, il convainc également l'un des clients de MBC, Gilbert Dhuim, de les rejoindre. La société Axel est née, nous sommes en 1982. Il faudra environ six mois pour que la jeune société propose son tout premier appareil: l' AX 20. L'AX 20 est un curieux appareil avec ses airs d'Apple II mais motorisé par un microprocesseur Intel 8088, son fonctionnement sous CP/M et MS-DOS mais à la compatibilité IBM PC des plus précaires.
Georges Cottin croit fermement en son produit, il compte en produire cent par mois jusqu'à la fin de l'année 1983 et annonce des prévisions pour l'année suivante de 300 unités par mois à destination de marché Français. Porté un enthousiasme sans faille, Georges Cottin prédit jusqu'à 1000 unités mensuelles dès 1985, en misant cette fois sur l'exportation de son AX 20. Le fondateur d'Axel est fiert d'annoncer que son  micro-ordinateur est un produit français, s'alarmant sur la tendance de la concurence consistant à systèmatiquement sous-traiter en Asie.
Finalement, la commercialisation de l'AX 20 ne durera que quelques mois, du moins sous les couleurs d'Axel car l'aventure va continuer sous celles de Matra. Cette dernière, alors détentrice de 35% du capital d'Axel rachète l'ordinateur. Toutefois, Axel ne cesse de produire des micro-ordinateurs et jusqu'à aujourd'hui encore où elle s'est spécialisée dans le développement et la fourniture de terminaux légers. Son siège social est basé au parc d'activité de Courtaboeuf près de Paris... un lieu qui est le sien depuis sa création, en 1982!
L'AX 20 a des atouts: Sa technologie 16 bits proche du standard naissant et sa robustesse, il est de plus proposé à un prix relativement serré pour l'époque: 21.000 F, l'utilisateur dispose d'une configuration convenable et opérationnelle. Le système est livré avec le système d'exploitation largement répandu: CP/M 86 et l'incontournable Basic de Microsoft offrant logiquement à cet AX 20 une logithèque plutôt fournie. MS-DOS, quant à lui, sera livré dans un second temps avec la disponibilité d'applications telles que Wordstar, Dbase II ou Multiplan. Notons également la présence du langage LSE, avec une version fonctionnant en configuration basique (128 Ko de RAM), et une autre, étendue, nécessitant quant à elle la présence d'une extension mémoire à 256 Ko.


Caractéristiques de l'Axel AX 2O

Processeur: Intel 8088 cadencé à 4.77 Mhz.
ROM
: 2 EPROM 2716 sur support (BIOS + Vidéo).
RAM
: 128 Ko* (DRAM 4164), extension de 256 Ko à 1 Mo par carte.
Vidéo
: Mode texte composé de 26 lignes X 80 colonnes.
RAM vidéo
: 6 composants RAM statique de type 2114.
Extensions
: 1 bus propriétaire. Carte 5 slots d'extension optionnelle.
Système d'exploitation:
CP/M-86(8088), MS-DOS, UCSD Pascal.
Entrées/Sorties
: 1 port DB-25 parallèle Centronics.
Stockage
: Lecteur de disquettes 5.25" simple face 180 Ko

(modèle AX20-002) ou double face 360 Ko (modèle AX20-003),
aucun lecteur proposé avec le modèle AX20-001.
Clavier: Mécanique avec pavé numérique, comprenant 82 touches.

Alimentation: 220V / 65W. Bloc électrique intégré et ventilé.
Logiciel résident
: Aucun.
Ecran
: Tube 12" monochrome vert.
Disponibilité/Fin commerciale:
1983 / 1983
Prix TTC
: 14.000 FF (modèle 001), 21.000 FF (modèle 003).
Dimensions
: 42 cm x 51 cm x 38 cm.
Autres logiciels livrés: Microsoft Basic v5.
Options: Carte contrôleur série, double lecteur de
disquettes 5.25", carte réseau à la norme CP/NET de Digital
Research, carte modem, disque dur Winchester de 5 ou 10 Mo,
carte graphique 640 X 288 en 6 niveaux d'intensité, modem,
imprimante 132 colonnes Mannesman.
*Note: il semblerait qu'une version à 64Ko de RAM ait été proposée.

 


Le moniteur est le premier élément qui saute aux yeux en regardant l'appareil: Il est relié l'AX 20 de manière assez originale puisque son brochage est logé dans son pied, lequel s'enfiche dans un connecteur situé sur le capot supérieur de l'appareil. Tout aussi originale, la rangée de huit boutons sur la face avant de l'écran qui permettent aussi bien de lancer directement des applications que de procéder à des réglages de l'appareil ou d'envoyer des commandes BASIC. La désolidarisation du moniteur avec le châssis se fait de manière très simple: en ramenant à soi une languette métallique située juste au dessous de l'encadrement de l'écran. Ce type de fixation rigide a tout de même un inconvénient: il n'est pas possible d'orienter l'écran à sa convenance. Notons également qu'il n'est pas permis de régler le contraste de l'affichage. Pour continuer au rang des reproches, l'appareil ne dispose pas de témoin lumineux quand il est sous tension. Il faut se contenter du bruit généré par la ventilation interne. Ces quelques reproches sont assez vite oubliés compte tenu de la qualité de l'image, stable, et bien nette et sans reflet.

Un autre détail pour le moins original: L'intensité de l'écran se règle, non pas par une molette bien classique, mais par une combinaison de touches du clavier. Classe!

Zoom sur le connecteur vidéo de l'unité centrale de l'AX 20 (photographie de gauche) et celui du moniteur (photographie de droite). Les deux connecteurs, parfaitement guidés, s'emboitent sans risque de mauvais contact ou de destruction.

Remarquez la languette de déverrouillage du moniteur (en haut, photographie de gauche).  

Pendant l'étude de l'AX 20, les concepteurs ont longuement hésité dans le choix de la taille de l'écran, ils avaient même pensé intégrer le moniteur dans le châssis de l'ordinateur, créant ainsi un système monobloc. Finalement, peu esthétique et moins facile à produire, cette configuration sera rejetée au profit de la configuration que nous connaissons. Le design de l'AX 20 est l'oeuvre de Robert Sulpice. Vous pouvez découvrir la maquette en polystyrène et plâtre du micro-ordinateur au Musée d'Art Moderne de Saint-Etienne Métropole ou en ligne sur leur Portail Design.

Assignation des touches du Moniteur:
Les touches n°1 et n°2 augmentent et réduisent respectivement la luminosité de l'écran, la touche n°3 efface son contenu. Les touches n°4 et n°5 abaissent et relèvent respectivement la règle graduée de 80 colonnes. La touche n°6 effectue un test (?). La touche n°7 lance une copie écran sur l'imprimante connectée. Une première pression sur la touche n°8 assigne une commande BASIC à chacune des huit touches (FOR, NEXT, IF, ...) et une seconde leur assigne un message personnalisable. Pour que les touches de fonction agissent, la touche "Contrôle" doit être maintenue enfoncée et le système d'exploitation préalablement chargé. Les touches n'ont aucune inscription distinctive, elles sont identifiées au moment où l'utilisateur presse la touche "Contrôle" par une aide qui s'affiche sur la dernière ligne de l'écran, en incrustation .

Il faut l'avouer... cet AX-20 a sacrément de la gueule !

Le boîtier a bien des airs d'Apple II (en version «Platinum» pour être précis), mais ce n'est qu'en apparence car l'agencement interne est fondamentalement différent. Pour s'en apercevoir, il suffit de ramener à soi une tige de métal accessible par deux ouïes situés sous le clavier, près du rebord du châssis. Le capot supérieur étant ainsi libéré, il ne reste plus qu'à le tirer vers le haut. Que découvrons-nous: un bloc d'alimentation placé tout au fond du châssis, un lecteur de disquette au format 5.25" placé à droite et une carte mère à la taille réduite surmontée de deux cartes se réservant la partie gauche du châssis. Remarquons également une petite carte à l'arrière servant à la sortie parallèle ainsi qu'un ventilateur destiné à aérer l'ensemble. En soulevant le clavier, nous nous apercevons même qu'un certain espace reste inutilisé. Le tout est propre, bien construit.

La carte mère du n°84.476 - ROM 850601

Les sous-élements de l'AX 20

• La carte mère, organisée autour d'un microprocesseur Intel 8088 cadencé à 4.77Mhz. Elle se compose principalement d'un générateur d'horloge D8264A, d'un contrôleur de disquette Intel 8272, de 18 emplacements réservés à la mémoire système gérée sur 9 bits (8 bits + 1 bit pour la gestion de la parité via le 74LS280), de 6 emplacements réservés à la mémoire vidéo (SRAM 2114), d'une ROM système et d'une ROM vidéo. Regrettons l'absence d'un support pour le co-processeur 8087.
L'interface Vidéo/Lecteur de disquette: Cette carte véhicule à la fois le signal du contrôleur de disquette, le signal vidéo mais également une tension de +12V nécessaire au fonctionnement du moniteur. De cette manière l'AX20 n'utilise qu'un seul câble électrique pour fonctionner, celui relié au bloc d'alimentation.
La carte d'extension parallèle, munie d'un bouton RESET.
• La carte d'extension série, équipée d'une interface de communication programmable USART 8251 et d'un
récepteur de ligne LM1489. La carte requiers une alimentation électrique supplémentaire, fournie par le bloc d'alimentation.
La carte réseau, équipée de deux USART 8251, d'un LM1488, d'un LM1489 et d'une horloge double Baud Rate WD8136/WD1945. 2 connecteurs 14 broches. Buzzer intégré.

La carte bus d'extension, composée de cinq connecteurs 8 bits, d'un temporisateur programmable Intel 8253 et d'un contrôleur d'IRQ Intel 8259:

Le clavier Azerty, composé de 82 touches mécaniques.
Note: Tous les sous-éléments ci-dessus sont estampillés Axel... sauf la carte mère selon les révisions. Sa finition vernie, son procédé de gravure tranchent radicalement avec le reste (d'aspect artisanal) ce qui laisse à penser qu'elle n'a pas été produite par la même société.
Un lecteur de disquettes 5.25" double faces BASF AG-6108S.
Le bloc d'alimentation électrique d'une puissance de 65W (+5V 6.0A, +12V 1.5A, +12V 2.1A, -12V 0.25A)

L'AX 20 a été conçu pour fonctionner dans un environnement hostile. Si la conception de l'ensemble est robuste et ne nécessite pas de maintenance particulière, cette dernière n'est pas des plus aisée: Hormis le microprocesseur et les ROM, tous les composants sont soudés, l'appareil ne peut fonctionner sans que le capot supérieur soit en place et le moniteur placé dessus.
A la mise sous tension, l'AX 20 affiche à l'écran la date de production (juin 1985 pour le modèle en ma possession) et le numéro de révision de la ROM système, exécute une routine de contrôle de la RAM et affiche ensuite la quantité de RAM installée; Un message d'erreur apparait en cas d'échec. le micro-ordinateur attend ensuite l'insertion d'une disquette Système ou toute autre disquette contenant le loader pour AX 20.


-A X E L----A X 2 0 -----Machine No 850601----Licence Logiciel No 000001
-Controle Memoire : 128 Ko
:

-CP/M 86 version 1.0
-AXEL CBIOS-48 tpi 15/03/83
-A> DIR


Le logiciel embarqué

Deux uniques ROM 2716 (2 Ko x 8 bits) composent la partie logicielle. La ROM système se contente de booter sur une disquette et la ROM vidéo contient un générateur de caractères. La police résidente se compose d'un ensemble de caractères 8 X 12 pixels alphanumériques et semi-graphiques où les majuscules et les minuscules sont bien gérées, tout comme l'inversion vidéo. Point noir: La table de caractère dispose d'aucune accentuation, c'est un sérieux handicap pour un micro-ordinateur cherchant à s'imposer sur le marché français. Il semblerait que ce problème ait été corrigé sur la série d'AX-20 suivante, au moins de façon logicielle.

Je recherche la disquette système de l'AXEL AX 20 ainsi que la disquette CP/M. Merci pour votre aide!


.....................
....... ROM Système..........ROM Vidéo

........Cliquez sur les EPROM pour les télécharger.
..

 

 

Une autre vue de l'AX 20, les tripes à l'air...
c'est vraiment propre!

Le modèle présenté dans cette page à été remis en état. Une fois les dix-huit DRAM 4164, un 74LS74 et trois SRAM 2114 dessoudés et remplacés, la carte mère fonctionne à nouveau! Afin de simplifier une éventuelle réparation sur ces même composants, ces derniers n'ont pas été soudés directement sur la carte mère, je les ai installé sur des supports de CI.


 

 

 

 




Axel AX 25
Le modèle le plus abouti

La société Axel a également produit le modèle AX 25. Bien que l'appareil fut commercialisé en 1984, son développement est antérieur à l'AX 20.
L'AX 25 surprend: Son microprocesseur i8088 est cadencé à 8Mhz, sa caisse arrive à loger deux lecteurs de disquettes 5.25" à 192 TPI de 2.7Mo de capacité(!) pour 46.000 FF HT ou un lecteur de disquettes 5.25" et un disque dur de 10Mo pour 53.000 FF HT. Les concepteurs ont logé en ROM un logiciel de traitement de texte rudimentaire certes mais graphique et piloté à la souris. Un utilitaire est heureusement livré pour maintenir la compatibilité avec les disquettes de type IBM PC.
Regrettons qu'il n'était pas possible de transformer l'Axel AX 20 en AX 25; Les cartes mères de ces deux appareils sont totalement différentes.
Mais quelles sont les formes de l'AX 25? ... celle d'un AX 20. En dehors du panneau arrière dévoilants les ports d'E/S, ces deux micro-ordinateurs sont donc visuellement identiques. Tout au plus, pouvons-nous constater une différence sur le flanc droit de l'AX 25, où deux unités de disques sont présentes contre une pour l'AX 20.
Le pied central n'a plus vocation à fournir l'alimentation électrique et les signaux vidéo du moniteur. De manière plus classique pour l'époque, un câble unique relie le moniteur à un connecteur DB 9 broches situé à l'arrière de l'appareil.

Notons également l'existence du micro-ordinateur MAX 90, une version Matra de l'Axel AX25. Contrairement à l'appareil originel, le MAX 90  est équipé de classiques lecteurs de disquettes 360Ko double face/double densité BASF AG 6128 (demi-hauteur).

Caractéristiques de l'Axel AX 25

Processeur: Intel 8088 cadencé à 8 Mhz.
Support Co-processeur:
Intel 8087 (en option)
ROM: 2 Ko
RAM: 128 Ko ou 256Ko, extensible à 1 Mo par cartes d'extensions.
Vidéo mode texte
: 24 lignes X 80 colonnes
Vidéo mode graphique
: 640 X 288 pixels (en option)
Extensions
: 5 slots d'extension 8 bits.
Système d'exploitation:
CP/M-86, MS-DOS.
Entrées/Sorties
: 1 port DB-25 parallèle Centronics, 2 ports DB-25 série,
1 port DB-15 jeu.
Stockage
: 2 lecteurs de disquettes 5.25" 2.7 Mo (sur AX-25A) ou 1 lecteur
5.25" 2.7Mo et un disque dur Winchester de 5 ou 10 Mo (sur AX-25B)

Clavier: Mécanique avec pavé numérique, comprenant 82 touches.
Alimentation
: 220V / 65W. Bloc électrique intégré et ventilé.
Logiciel résident
: ?
Ecran
: Tube 12" monochrome vert.
Disponibilité/Fin commerciale:
1984 / 1984
Prix TTC
:
Dimensions
: 42 cm x 51 cm x 38 cm.
Autres logiciels livrés: Microsoft Basic v5.
Options: Carte contrôleur réseau, carte modem,
Carte graphique 640 X 288 en 6 niveaux d'intensité,
imprimante 132 colonnes Mannesman.

Matra MAX 20e
Avec un «M» comme Matra et «e» comme... échec!

 

Nous voila donc chez MMS (Matra Micro Systemes).
Après une période de dix mois consacrée à des corrections et améliorations toutes relatives concernant sa compatibilité IBM PC, l'Axel AX 20 renait sous le nom de MAX.
Tout comme ses camarades Bull, Thomson, Logabax et Léanord, Matra s'intéresse à l'argent public mis à la disposition des entreprises françaises par l'Etat dans le cadre de son «Plan Informatique Pour Tous», elle propose de fait son nouveau-né à l'Education Nationale. Matra va présenter ce petit compatible MS-DOS comme s'il s'agissait d'un compatible IBM PC et c'est ainsi que les problèmes vont commencer... Ce non respect de la norme IBM PC est un problème assez important pour  être soulevé à l'Assemblée Nationale. Le ministre de l'éducation Nationale est interpellé sur les conditions d'acquisitions d'appareils Matra MAX dans le cadre du Plan Informatique pour Tous. René Monory répond que l'appareil correspond parfaitement aux besoins des écoles, à savoir la gestion du Nanoréseau. Il reconnait toutefois la pauvreté des performances de l'ordinateur en terme de compatibilité IBM et qu'une mise à niveau du matériel aurait un coût important. Il ajoute que des consignes avaient été données aux recteurs afin qu'ils puissent, si besoin, le remplacer par de vrais compatibles IBM PC. Bref, avec le contrat passé avec Matra, ce sont encore 25 millions de francs bien mal utilisés par l'état...

 

Seules quelques 1000 unités sont déployées en 1986, ce qui fait du Max 20e le micro-ordinateur le moins diffusé du plan IPT.

 

Pour comprendre la naissance du MAX 20e, revenons quelques années en arrière... en 1983. Dans un laps de temps très court, le gouvernement québécois dirigé par René Lévesque demande à une quinzaine d'entreprises de proposer un micro-ordinateur en vue d'être exploité en milieu scolaire et dans un but éducatif. Le travail est bâclé, une bonne part du milieu scolaire déplore n'avoir pas été concerté dans le choix du matériel. Au final, le dossier ne comporte qu'une quinzaine de feuillets. Qu'importe, lors d'une entrevue privée le 6 décembre 1983, les ministres Pierre Monory et René Lévesque passent un accord d'un montant de 25.7 millions de dollars pour la fourniture de 9000 micro-ordinateurs Matra.

Les autres entreprises qui avaient répondu à l'appel d'offre sont furieuses. C'est le cas de la société Montréalaise Matrox qui avait proposé le micro-ordinateur PC 1050, un PC compatible IBM performant fruit d'une coopération avec Olivetti/Logabax. Elle crie au scandale: Son appareil répondait parfaitement aux critères définis par le gouvernement Québécois, et ce, pour une enveloppe inférieure de plus de 5 millions de dollars à celle de Matra!

 

Au début de l'année suivante, une première livrée de 1.000 unités Matra MAX (AX 20) en configuration clavier QWERTY est expédiée de l'autre côté du grand Lac à destination de l'Education Québecoise, il est prévu que le solde de la commande soit produit localement par le consortium Comterm-Matra. Comterm est une société basée à Montréal, elle est spécialisée dans la fabrication et la vente de terminaux intelligents mais également d'ordinateurs «Hyperion», un compatible PC transportable, grâce à sa subdivision Bytec-Comterm. Gilles Bertrand, alors directeur des ventes et du marketing pour le secteur de l'éducation de Comterm, négocie le contrat de production avec Matra. L'homme a de l'expérience, il est un ancien de la société Extra Ordinateur, le plus gros constructeur de micro-ordinateurs du Québec, récemment acquise par Comterm.
Mais au Québec, certains s'inquiètent déjà de la viabilité de l'union Bytec-Comterm: Bytec, via sa branche Dynalogic Info-Tech, s'est endettée à hauteur 20 millions de dollars dans le développement de l'Hyperion. Et même si la petite société Comterm est rentable, le couple a bien peu de chance de tenir la distance. Chez Bytec, on rassure : « Nous comptons vendre 40.000 Hyperions cette année »... vraiment? En 1985, Comterm-Bytec annoncera une perte de 43 millions de dollars...

A la réception des premières unités de Matra France en 1984, il apparait nettement que les prérequis techniques ne sont pas remplis. Mais la commande est lancée, les écoles du secondaire ne pouvant supporter un retard de livraison. L'inquiétude se fait sentir et le ton monte même en haut-lieu. C'est la Fédération des Commissions Scolaires du Québec, représentant près de 90% des écoles du pays, qui a réalisé l'évaluation technique de l'AX-20 à la demande du département de l'Education et elle ne mache pas ses mots: « L'AX-20 est une production inacceptable ». En effet, l'étude révèlera que seules 69 des 142 exigences des commissions scolaires étaient respectées... Jacques Chagnon, président de la FCSQ, tape du poing: « Les ordinateurs scolaires que le gouvernement compte acheter au consortium Québec-France sont si déficients que les commissions scolaires ont été priées de ne pas les acheter », « La fédération se désengage des négociations entre le gouvernement et le fournisseur pour l'acquisition de l'AX-20. Toutefois, nous sommes toujours disponibles pour consultation ». Et il continue: «Nous ne sommes définitivement plus intéressé par l'examen d'un ordinateur qui, chaque jour, est en retard par rapport à ses concurrents . Même s'il est gratuit, même s'ils nous payent pour le prendre, qu'allons-nous en faire? ».

Un technicien en charge du rapport enfonce le clou: « Ses problèmes majeurs sont l'impossibilité de produire des graphismes et de la couleur, le manque de logiciels et l'incapacité à se connecter en réseau. L'AX-20 ne peut être utilisé pour accéder aux banques de données informatiques, et son écran et clavier non ajustables le rend déjà dépassé de plusieurs années ». « Contrairement à beaucoup d'appareils américains, l'ordinateur de conception française ne peut même pas communiquer avec d'autres ordinateurs en français » ajoute Charles Dessureaux, un officiel de la fédération désabusé...

Monsieur Sylvain Blanchette, président du service de gestion informatique de la fédération ne cache pas non plus sa déception: « Les commissions scolaires auraient préféré se concentrer sur un modèle IBM qui est déjà utilisé dans certaines écoles, ou un ordinateur Olivetti/Logabax/Matrox qui colle au standard des commissions scolaires ». Il confie également qu'Apple a proposé aux commissions scolaires de casser les prix de son Macintosh, précisant que « Cette possibilité avait été mentionnée dans les discussions mais qu'aucune offre avait été écrite ».

Si le gouvernement a reçu de telles pressions de la FCSQ , c'est également par crainte qu'une fois le contrat signé entre Bytec-Comtern Inc. et Matra, seul l'AX-20 pouvait être subventionné par le gouvernement lors d'achats par les commissions scolaires.

 

C'est dans ces conditions très tendues que le ministre des finances, Jacques Parizeau, est envoyé à Paris pour une discussion urgente avec les designers de Matra. Après un recadrage cinglant, Parizeau demande à Matra de réaliser toutes les modifications nécessaires sur leur AX 20 pour répondre au carnet de charge du Québec, la signature d'un contrat en dépend. Alors qu'un accord se dessine, accord qui consiste finalement à remplacer purement et simplement les ordinateurs par d'autres plus efficaces, le Québec proposant même à la France de s'associer au projet Hypérion, le couperet tombe: Le premier ministre Laurent Fabius stoppe net l'arrangement... Mais il se rend à l'évidence qu'une solution doit être trouvée, les relations entre la France et le Québec en dépendent. Laurent Fabius lâche alors du lest, mais il n'est pas question que Matra se retrouve exclue du marché. Finalement, les parties s'accordent: Matra prendra bien en charge les modifications qui s'imposent sur l'AX 20 même si elle n'arrive pas à répondre à temps à toutes les exigences du Québec, l'appareil obtenu sera ensuite étudié, amélioré, localisé et produit par Comterm. La société de Montréal apporte notamment la couleur, le son et la possibilité d'interconnexion en réseau. Le but est de s'assurer coûte que coûte que le calendrier de livraison dans les écoles québécoises soit respecté. C'est dans la douleur que le Matra/Comterm MAX 20e est né.

Monsieur Berube, ministre de l'éducation Québécoise, précise que le gouvernement était parfaitement au courant que l'AX20 ne répondait pas à toutes les spécifications exigées et qu'il n'avait jamais été prévu qu'il soit soit livré au Québec tel quel, que des modifications étaient prévue. Une déclaration scandaleuse qui met officiellement en lumière les petits arrangements politiques et financiers entre le Québec et la France, arrangements faisant fi de l'interet général.

Malgré quelques modifications, le Max20e est globalement inadapté aux besoins des écoles, l'ordinateur déçoit... Ne pouvant en tirer grand chose, de nombreux professeurs finissent par le mettre au placard. Par la faute des politiques et de Matra-Comterm, le Quebec détiendra en 1990 le triste record de la province Canadienne ayant le plus faible taux d'équipement informatique par élève. Les élève seront les grands perdants de cette aventure numérique.

Le ministère québécois a surtout misé sur l'aspect économique de l'appareil, ce qui n'est pas sans rappeler les agissements du gouvernement français en place à la même période. Au lieu d'acquérir des compatibles IBM PC à des prix moins élevés, il préfère investir dans la société Comterm bien décidée à créer une centaine d'emplois pour l'occasion et un nouveau marché pour la sous-traitance locale; On demande à des sociétés québecoises de développer des logiciels spécifiques au MAX 20e. Le développement industriel du Québec prend le pas sur les besoins pédagogiques. Des voix s'élèvent à Montréal, on parle de « tricheries » et de « contrat louche ». L'effet escompté par le gouvernement est de bien courte durée: en proie à des difficultés financières majeures en 1988, la société Comterm ferme ses portes peu de temps après.

En France, les cieux ne sont pas plus cléments pour Matra qui se rend finalement à l'évidence: elle est incapable de répondre aux attentes du marché informatique. Le Max 20e est abandonné, tout comme l'Alice 8000, son autre abhération à destination du plan IPT.

Quelques détails

Pour des raisons économiques, les boutons présents sur le moniteur de l'AX 20 ont disparu sur le moniteur du MAX 20e. Ces boutons se retrouvent de manière plus classique sur le clavier, ce qui porte à 92 le nombre de touches de ce dernier. Dans son relooking express, Matra modifie la couleur du cadre du moniteur. C'est sûr, cela change tout. A noter que le modèle couleur de Comterm dispose d'un moniteur 14 pouce ne faisant pas corps avec l'unité centrale, il est simplement posé dessus.

Tentons un premier test de compatibilité de ce Matra MAX 20e avec le standard IBM PC. Une disquette MS-DOS en provenance de Microsoft est insérée dans le lecteur pour un simple boot. Le résultat n'est pas encourageant: le MAX 20e ne sait pas quoi en faire, contrairement au modèle de Comterm... Mais qu'à fait réellement Matra? A suivre.




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